« Le malheur des uns fait le bonheur des autres », dit un dicton populaire. Et pour cause : en RDC, une classe de businessmen s’est créée quelques mois après l’apparition de la fameuse épidémie d’Ebola.
En effet, pendant que le nombre de décès liés à Ebola ne cesse d’augmenter, des Congolais habitués à vivre sur le dos de leurs compatriotes multiplient leurs affaires à travers le détournement présumé des fonds destinés à lutter contre cette dangereuse pandémie.
Africa CDC accuse : 700 millions de dollars américains introuvables !
Comme à l’époque de la fameuse Covid-19, où le ministre de la Santé de l’époque avait été placé sous mandat d’arrêt le 27 août 2021 pour défaut de traçabilité de près d’un million de dollars américains destinés à la prise en charge des populations et du personnel de santé, avant d’être finalement remis en liberté provisoire le 14 septembre de la même année, le même scénario semble se répéter avec la gestion de l’épidémie d’Ebola, qui a déjà fait plus de 4 000 décès en RDC.

En effet, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a annoncé, par la voix de son directeur général, le Dr Jean Kaseya, que 700 millions de dollars américains sur les 962 millions décaissés par les donateurs internationaux via les partenaires engagés dans la lutte contre la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC restent introuvables dans les comptes.
Au cours d’un face-à-face avec la presse, récemment, le Dr Jean Kaseya a voulu éclairer la lanterne de l’opinion sur la gestion des fonds mobilisés par les différents partenaires de la RDC.
« Puisque je parle avec tous les donateurs au monde […], j’ai Internet qui me montre encore ce que les donateurs ont dit. Et quand je dis ce qu’ils ont dit, cela veut dire qu’ils nous ont envoyé des éléments précis. C’est là : 962 millions de dollars déboursés par les donateurs de l’INSP (Institut national de santé publique). Le Dr Kalambayi et le directeur général de l’INSP ont organisé une réunion et, malheureusement, moins de 30 % de ces partenaires y ont participé. Et, parmi les moins de 30 % qui ont participé, on n’a pu retracer que 200 millions », a expliqué le directeur général d’Africa CDC.

Avant d’ajouter : « Sur ces 200 et quelques millions, il a été dit qu’à peu près 100 millions existent et n’ont jamais été utilisés. […] Je parle de cette différence entre 900 millions et 200 millions que les partenaires ont déclarés. Donc, cela fait 700 millions de dollars à rechercher et qui existent », a-t-il précisé, avant de soutenir : « C’est là le combat qu’on va mener et je peux vous dire qu’on ne va pas lâcher. »
À en croire certains spécialistes qui se sont exprimés sur la question, les propos tenus par le directeur général d’Africa CDC mettent en lumière de présumées incohérences financières et des zones d’ombre dans la gestion des fonds alloués par les donateurs internationaux aux partenaires de l’INSP, en faveur de la lutte contre les différentes crises sanitaires en RDC, dont la maladie à virus Ebola.
« À chaque occasion, des Congolais s’organisent pour devenir propriétaires d’immeubles et de véhicules de grosses cylindrées, en plus d’ouvrir des comptes à l’étranger, au détriment de leurs compatriotes qui décèdent comme des animaux, faute de soins.

Et, malheureusement, cela se passe au vu et au su de ceux qui sont censés lutter contre ces antivaleurs : détournements de fonds, corruption, concussion… », a dénoncé un scientifique sous couvert de l’anonymat.
Cinq mois de gestion d’Ebola : 4 410 décès enregistrés
Il sied de noter que, le 15 octobre 2026, la 17ᵉ épidémie d’Ebola, dont l’épicentre se situe dans la province de l’Ituri, totalisait cinq mois jour pour jour depuis sa déclaration par le gouvernement de la RDC.
Depuis lors, les statistiques font état de 9 144 cas déclarés, de 4 410 décès enregistrés et de 2 418 personnes guéries, soit un taux de létalité de 48,2 %.
Des scientifiques affirment qu’il s’agit de la pire épidémie d’Ebola qu’ait connue la RDC en termes de nombre de cas et de décès.
La Banque mondiale annonce 93 millions de dollars d’aide supplémentaire
Dans un autre registre, il faut signaler que le Groupe de la Banque mondiale a annoncé, dans un communiqué relayé par la presse, un financement supplémentaire de 93 millions de dollars américains pour renforcer la riposte contre l’épidémie d’Ebola en RDC et améliorer la préparation sanitaire dans les pays voisins.
Ce soutien, indique le communiqué, comprend deux nouvelles tranches de financement : 80 millions de dollars pour renforcer la riposte nationale du gouvernement de la RDC et 13 millions de dollars pour aider les pays voisins et les institutions régionales à renforcer la préparation, la coordination et la sécurité sanitaire transfrontalière à l’échelle régionale.
Le communiqué du Groupe de la Banque mondiale ajoute qu’à ce jour, près de 426,6 millions de dollars ont déjà été engagés pour la riposte globale à l’urgence Ebola, à travers une combinaison de dons existants et nouveaux et de financements concessionnels.

Atténuer les conséquences socioéconomiques de l’épidémie sur les communautés touchées
Le communiqué précise qu’en RDC, les interventions soutenues par le Programme régional de préparation, de riposte et de résilience face aux urgences sanitaires (HEPRR) ont notamment contribué au renforcement des capacités de diagnostic, à l’approvisionnement en produits médicaux et à l’amélioration de la surveillance épidémiologique.
Ce programme a également permis de livrer 104 plateformes de diagnostic Radione et 70 000 tests de dépistage de la maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo, de fournir 340 tonnes de médicaments et d’équipements médicaux pour améliorer les soins aux patients et maintenir les services de santé essentiels, ainsi que de financer des véhicules destinés à renforcer la surveillance épidémiologique.
Le document précise par ailleurs que le financement de la Banque mondiale vise à atténuer les conséquences socioéconomiques de l’épidémie sur les communautés touchées, notamment en préservant les moyens de subsistance et en favorisant la continuité de la scolarité des enfants.
Ces financements contribueront également à protéger les moyens de subsistance des communautés touchées et à permettre aux enfants de continuer à fréquenter l’école en toute sécurité.
À travers ces financements, la Banque mondiale entend également poursuivre son accompagnement du gouvernement congolais et des institutions régionales dans la lutte contre Ebola et le renforcement de la résilience des systèmes de santé.
Quid de la traçabilité des aides financières ?
À en croire plusieurs spécialistes, si toutes les aides débloquées en faveur du gouvernement de la RDC étaient utilisées à bon escient, la maladie à virus Ebola aurait déjà été vaincue, au même titre que d’autres épidémies, notamment le choléra et la rougeole.
Mais hélas, selon ces spécialistes, une grande partie de ces aides serait détournée et servirait à créer une nouvelle classe de businessmen, au détriment des victimes, dont la plupart appartiennent à la classe moyenne et vivent dans la précarité.
Pendant ce temps, la maladie à virus Ebola poursuit sa propagation sur le territoire national congolais. À ce sujet, un député national élu de Beni a récemment alerté sur la menace que représente cette maladie dans la commune rurale de Mangina, dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu.
Selon cet élu, des personnes sont en train de mourir alors que la population fait face à un manque criant de moyens de prise en charge.
Après avoir lancé un appel à une intervention immédiate du gouvernement de la République et de ses partenaires humanitaires pour faire face à cette urgence sanitaire, ce député a notamment déploré l’absence d’équipes opérationnelles de prise en charge, l’insuffisance de dispositifs adéquats d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que le manque de moyens logistiques essentiels, dont une ambulance médicalisée, un corbillard adapté et une morgue répondant aux normes sanitaires.
Selon lui, toutes ces insuffisances exposent davantage les populations au risque de propagation de la maladie.
D’où sa demande de déploiement urgent d’équipes médicales et de riposte contre Ebola, de mise à disposition de médicaments et d’équipements de protection individuelle, ainsi que de construction d’un centre de traitement de la maladie.
Comme qui dirait, le spectre de la gestion des fonds liés à la Covid-19 continue de planer sur la RDC. Qui dit mieux ?
José Wakadila








