{"id":1460,"date":"2021-11-19T18:16:29","date_gmt":"2021-11-19T18:16:29","guid":{"rendered":"https:\/\/lareferenceplus.cd\/?p=1460"},"modified":"2021-11-19T18:16:29","modified_gmt":"2021-11-19T18:16:29","slug":"1460","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/1460\/","title":{"rendered":"Le plus grand \u00ab leak \u00bb d\u2019Afrique d\u00e9voile les secrets financiers du Congo"},"content":{"rendered":"<div class=\"sub-header accur8-desktop accur8-tablet accurWidth-desktop accurWidth-tablet\" data-nid=\"995098\">\n<div class=\"accur8-desktop accurWidth-desktop col-left fractal-desktop fractal-10-desktop collapse-7-desktop fractal-tablet fractal-6-tablet collapse-4-tablet\">\n<div class=\"author\"><span style=\"font-family: Verdana, BlinkMacSystemFont, -apple-system, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen, Ubuntu, Cantarell, 'Open Sans', 'Helvetica Neue', sans-serif;\">Les documents de \u00ab Congo hold-up \u00bb, plus grande fuite de donn\u00e9es d\u2019Afrique, montrent l\u2019enrichissement de Joseph Kabila aux d\u00e9pens de ses concitoyens. Ils \u00e9crivent aussi une histoire de ce pays, o\u00f9 flux financiers expliquent intrigues politiques et r\u00e9alit\u00e9s sociales.<\/span><\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"accur8-desktop accur8-tablet accurWidth-desktop accurWidth-tablet\">\n<div class=\"content-article page-content col-left fractal-desktop fractal-10-desktop collapse-7-desktop fractal-tablet fractal-6-tablet collapse-4-tablet \">\n<div class=\"page-pane\">\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un hold-up,\u00a0dont le\u00a0magot se compte en dizaines de millions de dollars. Les protagonistes\u00a0? Un chef d\u2019\u00c9tat, Joseph Kabila, au pouvoir au Congo jusqu\u2019en janvier 2019. Une banque priv\u00e9e, la BGFI. Un pays, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), g\u00e9ant d\u2019Afrique centrale dont le sous-sol regorge de minerais, mais dont les trois quarts des 100 millions d\u2019habitants doivent vivre avec moins de deux dollars par jour.<\/p>\n<p>Ce\u00a0braquage\u00a0historique serait sans doute rest\u00e9 inconnu sans la plus grande fuite de donn\u00e9es sensibles d\u2019Afrique\u00a0: 3,5 millions de documents confidentiels issus de la BGFI, qui permettent de retracer le sc\u00e9nario du casse dans ses moindres d\u00e9tails.<\/p>\n<p>En cinq ans, la famille Kabila et ses associ\u00e9s ont d\u00e9tourn\u00e9, avec la complicit\u00e9 de la BGFI, dont ils contr\u00f4laient la filiale congolaise, au moins 138 millions de dollars des caisses de l\u2019\u00c9tat. Gr\u00e2ce \u00e0 des factures douteuses, des jeux d\u2019\u00e9criture comptable, des transactions antidat\u00e9es et, surtout, gr\u00e2ce \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran qui leur a permis de couvrir le tout.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement y ajouter\u00a033 millions de dollars d\u00e9pos\u00e9s en liquide sur les comptes de soci\u00e9t\u00e9s contr\u00f4l\u00e9es par\u00a0Joseph Kabila et son premier cercle,\u00a0et 72 millions de dollars d\u2019origine inconnue qui ont transit\u00e9 par le compte de la Banque centrale du Congo \u00e0 la BGFI. Soit un total de\u00a0243 millions\u00a0de fonds publics et de fonds \u00e0 l\u2019origine suspecte encaiss\u00e9s par l\u2019entourage proche de Joseph Kabila en l\u2019espace de cinq ans.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de ce vendredi et jusqu\u2019au 6 d\u00e9cembre, l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb va d\u00e9tailler les diff\u00e9rents aspects de ce gigantesque casse et ses ramifications internationales. Car la BGFI a \u00e9galement permis \u00e0 des entreprises \u00e9trang\u00e8res et des r\u00e9seaux suspects d\u2019hommes d\u2019affaires (dont des financiers pr\u00e9sum\u00e9s du Hezbollah) d\u2019op\u00e9rer en RDC et d\u2019acc\u00e9der au syst\u00e8me bancaire international. Ces flux d\u2019argent sale ont transit\u00e9 par de grandes banques occidentales, qui ont op\u00e9r\u00e9 de nombreuses transactions suspectes en dollars pour le compte de la BGFI.<\/p>\n<h2 data-mediapart-role=\"subheading\">Effort de coop\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent<\/h2>\n<p>Les r\u00e9v\u00e9lations de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb s\u2019appuient sur plus de 3,5 millions de documents mais aussi les d\u00e9tails de millions de transactions bancaires issues de la BGFI. Ces documents confidentiels ont \u00e9t\u00e9 obtenus par Mediapart et l\u2019ONG fran\u00e7aise\u00a0Plateforme de protection des lanceurs d&rsquo;alerte en Afrique\u00a0(PPLAAF), fond\u00e9e et pr\u00e9sid\u00e9e par l\u2019avocat William Bourdon.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es, dans un effort de coop\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent, par 19 m\u00e9dias (RFI,\u00a0<i>De Standaard<\/i>,\u00a0<i>Le Soir<\/i>,\u00a0<i>NRC Handelsblad<\/i>,\u00a0<i>Der Spiegel<\/i>, Bloomberg, BBC Africa Eye,\u00a0<i>L\u2019Orient-Le Jour\u2026<\/i>) et cinq ONG (PPLAAF, The Sentry, Public Eye, Resource Matters et Congo Research Group) bas\u00e9s dans dix-huit pays. En tout, une \u00e9quipe de pr\u00e8s cent personnes a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e pendant six mois, sous la coordination du r\u00e9seau de m\u00e9dias\u00a0European Investigative Collaborations\u00a0(EIC).<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re fois que des m\u00e9dias et des ONG collaborent sur un\u00a0<i>leak<\/i>\u00a0de cette ampleur. Apr\u00e8s avoir enqu\u00eat\u00e9 conjointement, m\u00e9dias et ONG ont r\u00e9alis\u00e9, chacun de son c\u00f4t\u00e9, de fa\u00e7on ind\u00e9pendante, v\u00e9rifications, entretiens avec les personnes mises en cause et r\u00e9daction de leurs rapports et articles.<\/p>\n<p>Cette coop\u00e9ration a permis de r\u00e9unir toute l\u2019expertise possible pour analyser les documents de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb \u2013 qui constitue le\u00a0<i>leak<\/i>\u00a0le plus complexe obtenu par l\u2019EIC \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, une fuite de donn\u00e9es permet de plonger dans les entrailles d\u2019une banque. Un logiciel sp\u00e9cifique a d\u00fb \u00eatre cr\u00e9\u00e9 afin de pouvoir extraire des documents les informations sur les flux financiers, puis de suivre la trace de l\u2019argent. C\u2019est ainsi que nous avons retrac\u00e9, transaction apr\u00e8s transaction, million apr\u00e8s million, les b\u00e9n\u00e9ficiaires r\u00e9els des pots-de-vin et des d\u00e9tournements de fonds, dissimul\u00e9s derri\u00e8re des libell\u00e9s trompeurs ou anodins.<\/p>\n<p>La banque ainsi pass\u00e9e au crible n\u2019est pas n\u2019importe laquelle. La BGFIBank est une banque gabonaise n\u00e9e de la \u00ab\u00a0Fran\u00e7afrique\u00a0\u00bb, devenue un poids lourd implant\u00e9 dans onze pays. Tr\u00e8s li\u00e9e aux autocrates Ali Bongo (Gabon) et Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), elle est d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9e dans plusieurs scandales de corruption et de d\u00e9tournements de fonds publics, dont l\u2019affaire des \u00ab\u00a0biens mal acquis\u00a0\u00bb (lire\u00a0<a href=\"https:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/191121\/la-bgfi-banque-de-la-francafrique-au-coeur-du-scandale\">notre article ici<\/a>).<\/p>\n<p>Au Congo-Kinshasa, la symbiose entre la BGFI et le r\u00e9gime Kabila \u00e9tait totale. Cette proximit\u00e9 explique pourquoi un r\u00e9gime a pu d\u00e9tourner autant, et pendant aussi longtemps.<\/p>\n<p>Mais les enseignements de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb vont au-del\u00e0 de la famille Kabila.<\/p>\n<h2 data-mediapart-role=\"subheading\">Kleptocratie, mode d\u2019emploi<\/h2>\n<p>Que des chefs d\u2019\u00c9tat \u00e0 travers le monde usent de leur position pour s\u2019enrichir n\u2019est pas vraiment une surprise. Comment ils proc\u00e8dent concr\u00e8tement, en revanche, est moins connu. Les documents \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb permettent de d\u00e9voiler pour la premi\u00e8re fois, avec un degr\u00e9 de pr\u00e9cision in\u00e9dit permis par la masse et la fiabilit\u00e9 des documents analys\u00e9s, les rouages d\u2019un tel syst\u00e8me.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0L\u2019enqu\u00eate expose dans le d\u00e9tail les ruses utilis\u00e9es par une banque et ses clients pour tenter de dissimuler une corruption syst\u00e9mique<\/i>, explique Henri Thulliez, directeur de la PPLAAF.<i>\u00a0Ces transactions bancaires, mails, dossiers d\u2019entreprises constituent le v\u00e9ritable mode d\u2019emploi d\u2019une kleptocratie.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>On pouvait l\u2019imaginer\u00a0: il ne suffit pas de se faire un ch\u00e8que en blanc. La le\u00e7on principale de ces millions de documents est qu\u2019il existe deux outils imparables pour permettre \u00e0 une kleptocratie de prosp\u00e9rer au XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: une banque et une soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran. Contr\u00f4ler la premi\u00e8re permet de diriger l\u2019argent \u00e0 sa guise, en brouillant les pistes gr\u00e2ce \u00e0 des libell\u00e9s de transaction vagues ou erron\u00e9s\u00a0; poss\u00e9der la seconde permet d\u2019avoir un coffre discret o\u00f9 stocker tous les fonds ainsi d\u00e9tourn\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour le reste, tout est question de cr\u00e9ativit\u00e9, tant dans les circuits imagin\u00e9s pour faire transiter l\u2019argent que dans le choix des endroits o\u00f9 aller le chercher. Banque centrale, soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re d\u2019\u00c9tat, commission charg\u00e9e d\u2019organiser les \u00e9lections et m\u00eame Nations unies\u00a0: l\u2019ancien pr\u00e9sident congolais et son entourage n\u2019en ont pas manqu\u00e9.<\/p>\n<h2 data-mediapart-role=\"subheading\">Une histoire alternative du Congo moderne<\/h2>\n<p>Mises bout \u00e0 bout, ces r\u00e9v\u00e9lations \u00e9crivent une v\u00e9ritable histoire alternative du Congo d\u2019aujourd\u2019hui. On conna\u00eet souvent de ce pays \u2013 saign\u00e9 \u00e0 vif par la colonisation belge \u2013 sa vie politique mouvement\u00e9e, ses guerres quasi ininterrompues depuis 1996 et les violences qui agitent toujours ses provinces de l\u2019Est, commises tour \u00e0 tour par des groupes arm\u00e9s locaux, des r\u00e9bellions venues des pays voisins et par l\u2019arm\u00e9e congolaise elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00c0 cette histoire politique et militaire, ces documents viennent ajouter une histoire \u00e9conomique et financi\u00e8re jusqu\u2019ici seulement connue d\u2019un petit cercle d\u2019initi\u00e9s, qui \u00e9claire d\u2019une lumi\u00e8re nouvelle les soubresauts de la politique congolaise.<\/p>\n<p>Elle en r\u00e9v\u00e8le hypocrisies et faux-semblants. Le Sommet de la francophonie \u00e0 Kinshasa, en 2012, en est un exemple. Les yeux de la presse sont alors riv\u00e9s sur les chefs d\u2019\u00c9tat pr\u00e9sents et les enjeux diplomatiques. Face aux piques du pr\u00e9sident fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Hollande sur la situation\u00a0<i>\u00ab\u00a0inacceptable\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0des droits humains dans le pays, Joseph Kabila joue l\u2019apaisement.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, l\u2019argent du Sommet est utilis\u00e9 pour acheter des millions de dollars de mat\u00e9riel destin\u00e9 \u00e0 la police et aux services secrets congolais \u2013\u00a0accus\u00e9s d\u2019exactions\u00a0contre manifestants et opposants \u2013, dont au moins 17 millions destin\u00e9s \u00e0 du mat\u00e9riel de surveillance et de renseignement.<\/p>\n<p>Dans d\u2019autres occasions, reconstituer cette histoire financi\u00e8re permet d\u2019expliquer certaines postures politiques par des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>En 2015-2016, alors que le pr\u00e9sident Kabila man\u0153uvre pour essayer de se maintenir au pouvoir au-del\u00e0 de la fin de son mandat (en d\u00e9cembre 2016) et r\u00e9prime les manifestants qui descendent dans la rue pour s\u2019y opposer, une autre sc\u00e8ne se joue, loin des cam\u00e9ras\u00a0: la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9cran Sud Oil, contr\u00f4l\u00e9e par son fr\u00e8re, enregistre une activit\u00e9 inhabituelle.<\/p>\n<p>Ces deux ann\u00e9es de crise politique sont celles durant lesquelles Sud Oil s\u2019est appropri\u00e9 66 millions de dollars d\u2019argent public. Le pr\u00e9sident Kabila et son entourage semblent vouloir profiter de ses derniers mois au pouvoir pour s\u2019enrichir tant qu\u2019il est encore temps.<\/p>\n<p>Il laissera finalement sa place en janvier 2019 \u00e0 l\u2019opposant F\u00e9lix Tshisekedi, \u00e0 l\u2019issue d\u2019un scrutin marqu\u00e9 par\u00a0d\u2019importantes fraudes. Deux ann\u00e9es gagn\u00e9es sur le calendrier officiel\u00a0; deux ann\u00e9es de plus pour puiser dans les caisses de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Cette histoire alternative du Congo moderne, \u00e9crite \u00e0 partir de millions de transactions bancaires, permet enfin de nuancer les vertus de certaines r\u00e9formes, comme la ren\u00e9gociation des contrats miniers lanc\u00e9e par Joseph Kabila d\u00e8s 2007, souvent port\u00e9e au cr\u00e9dit de l\u2019ancien chef de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9e comme une mani\u00e8re de redonner aux Congolais la jouissance de leurs richesses face \u00e0 des entreprises \u00e9trang\u00e8res pr\u00e9datrices, elle semble avoir surtout permis \u00e0 sa famille et \u00e0 ses r\u00e9seaux d\u2019affaires de r\u00e9cup\u00e9rer leur part du g\u00e2teau minier, qui repr\u00e9sente la premi\u00e8re source de richesse du pays et plus de 80\u00a0% de ses exportations. Notre enqu\u00eate r\u00e9v\u00e8le comment l\u2019entreprise publique mini\u00e8re Gecamines a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour d\u00e9tourner des sommes astronomiques des caisses de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h2 data-mediapart-role=\"subheading\">Complicit\u00e9s internationales<\/h2>\n<p>Le parti de Joseph Kabila, le PPRD, affichait r\u00e9guli\u00e8rement son hostilit\u00e9 aux\u00a0<i>\u00ab\u00a0imp\u00e9rialistes\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0\u00e9trangers. \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb d\u00e9montre comment il leur a en r\u00e9alit\u00e9 ouvert la porte et les a invit\u00e9s \u00e0 venir s\u2019enrichir avec lui, \u00e0 l\u2019image du puissant homme d\u2019affaires belge Philipe de Moerloose. Ces millions de documents permettent \u00e9galement de r\u00e9v\u00e9ler, pour la premi\u00e8re fois, que les entreprises chinoises qui ont d\u00e9croch\u00e9 le plus gros contrat minier de l\u2019histoire du pays, en 2008, ont corrompu la pr\u00e9sidence congolaise gr\u00e2ce \u00e0 un interm\u00e9diaire.<\/p>\n<p>Car \u2013 et c\u2019est la derni\u00e8re le\u00e7on de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb \u2013 il serait faux de r\u00e9duire le pillage de la RDC \u00e0 un \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0dictateur africain\u00a0\u00bb spoliant son peuple. Joseph Kabila, autocrate internationalis\u00e9, a pu d\u00e9tourner cet argent gr\u00e2ce \u00e0 une banque, la BGFI, qui a pignon sur rue \u00e0 Paris\u00a0; il en a fait profiter des acteurs \u00e9conomiques fran\u00e7ais, belges, chinois ou indiens\u00a0; et le tout a \u00e9t\u00e9 rendu possible par le laxisme de grands cabinets d\u2019audit internationaux, dont nous d\u00e9montrons la passivit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour mettre fin \u00e0 ce syst\u00e8me, il ne suffira pas de se d\u00e9faire de l\u2019h\u00e9ritage politique et des r\u00e9seaux Kabila, comme le nouveau pr\u00e9sident congolais F\u00e9lix Tshisekedi s\u2019y emploie d\u00e9sormais, apr\u00e8s deux ann\u00e9es pass\u00e9es sous la tutelle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 au pouvoir gr\u00e2ce \u00e0 une \u00e9lection entach\u00e9e de fraudes et en signant un accord politique avec Kabila, Tshisekedi avait d\u00e9clar\u00e9 ne pas vouloir\u00a0<i>\u00ab\u00a0fouiller dans le pass\u00e9\u00a0\u00bb<\/i>. Sans doute faudra-t-il s\u2019y employer, et tirer les le\u00e7ons de ce pass\u00e9, afin que \u00ab\u00a0l\u2019alternance\u00a0\u00bb tant d\u00e9sir\u00e9e par les Congolais ne devienne pas simplement le remplacement d\u2019une kleptocratie par une autre.<\/p>\n<p><em><strong>Mediapart<\/strong><\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les documents de \u00ab Congo hold-up \u00bb, plus grande fuite de donn\u00e9es d\u2019Afrique, montrent l\u2019enrichissement de Joseph Kabila aux d\u00e9pens de ses concitoyens. Ils \u00e9crivent aussi une histoire de ce pays, o\u00f9 flux financiers expliquent intrigues politiques et r\u00e9alit\u00e9s sociales. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un hold-up,\u00a0dont le\u00a0magot se compte en dizaines de millions de dollars. Les protagonistes\u00a0? Un chef d\u2019\u00c9tat, Joseph Kabila, au pouvoir au Congo jusqu\u2019en janvier 2019. Une banque priv\u00e9e, la BGFI. Un pays, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), g\u00e9ant d\u2019Afrique centrale dont le sous-sol regorge de minerais, mais dont les trois quarts des 100 millions d\u2019habitants doivent vivre avec moins de deux dollars par jour. Ce\u00a0braquage\u00a0historique serait sans doute rest\u00e9 inconnu sans la plus grande fuite de donn\u00e9es sensibles d\u2019Afrique\u00a0: 3,5 millions de documents confidentiels issus de la BGFI, qui permettent de retracer le sc\u00e9nario du casse dans ses moindres d\u00e9tails. En cinq ans, la famille Kabila et ses associ\u00e9s ont d\u00e9tourn\u00e9, avec la complicit\u00e9 de la BGFI, dont ils contr\u00f4laient la filiale congolaise, au moins 138 millions de dollars des caisses de l\u2019\u00c9tat. Gr\u00e2ce \u00e0 des factures douteuses, des jeux d\u2019\u00e9criture comptable, des transactions antidat\u00e9es et, surtout, gr\u00e2ce \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran qui leur a permis de couvrir le tout. Il faut \u00e9galement y ajouter\u00a033 millions de dollars d\u00e9pos\u00e9s en liquide sur les comptes de soci\u00e9t\u00e9s contr\u00f4l\u00e9es par\u00a0Joseph Kabila et son premier cercle,\u00a0et 72 millions de dollars d\u2019origine inconnue qui ont transit\u00e9 par le compte de la Banque centrale du Congo \u00e0 la BGFI. Soit un total de\u00a0243 millions\u00a0de fonds publics et de fonds \u00e0 l\u2019origine suspecte encaiss\u00e9s par l\u2019entourage proche de Joseph Kabila en l\u2019espace de cinq ans. \u00c0 partir de ce vendredi et jusqu\u2019au 6 d\u00e9cembre, l\u2019enqu\u00eate \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb va d\u00e9tailler les diff\u00e9rents aspects de ce gigantesque casse et ses ramifications internationales. Car la BGFI a \u00e9galement permis \u00e0 des entreprises \u00e9trang\u00e8res et des r\u00e9seaux suspects d\u2019hommes d\u2019affaires (dont des financiers pr\u00e9sum\u00e9s du Hezbollah) d\u2019op\u00e9rer en RDC et d\u2019acc\u00e9der au syst\u00e8me bancaire international. Ces flux d\u2019argent sale ont transit\u00e9 par de grandes banques occidentales, qui ont op\u00e9r\u00e9 de nombreuses transactions suspectes en dollars pour le compte de la BGFI. Effort de coop\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent Les r\u00e9v\u00e9lations de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb s\u2019appuient sur plus de 3,5 millions de documents mais aussi les d\u00e9tails de millions de transactions bancaires issues de la BGFI. Ces documents confidentiels ont \u00e9t\u00e9 obtenus par Mediapart et l\u2019ONG fran\u00e7aise\u00a0Plateforme de protection des lanceurs d&rsquo;alerte en Afrique\u00a0(PPLAAF), fond\u00e9e et pr\u00e9sid\u00e9e par l\u2019avocat William Bourdon. Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es, dans un effort de coop\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent, par 19 m\u00e9dias (RFI,\u00a0De Standaard,\u00a0Le Soir,\u00a0NRC Handelsblad,\u00a0Der Spiegel, Bloomberg, BBC Africa Eye,\u00a0L\u2019Orient-Le Jour\u2026) et cinq ONG (PPLAAF, The Sentry, Public Eye, Resource Matters et Congo Research Group) bas\u00e9s dans dix-huit pays. En tout, une \u00e9quipe de pr\u00e8s cent personnes a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e pendant six mois, sous la coordination du r\u00e9seau de m\u00e9dias\u00a0European Investigative Collaborations\u00a0(EIC). C\u2019est la premi\u00e8re fois que des m\u00e9dias et des ONG collaborent sur un\u00a0leak\u00a0de cette ampleur. Apr\u00e8s avoir enqu\u00eat\u00e9 conjointement, m\u00e9dias et ONG ont r\u00e9alis\u00e9, chacun de son c\u00f4t\u00e9, de fa\u00e7on ind\u00e9pendante, v\u00e9rifications, entretiens avec les personnes mises en cause et r\u00e9daction de leurs rapports et articles. Cette coop\u00e9ration a permis de r\u00e9unir toute l\u2019expertise possible pour analyser les documents de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb \u2013 qui constitue le\u00a0leak\u00a0le plus complexe obtenu par l\u2019EIC \u00e0 ce jour. Pour la premi\u00e8re fois, une fuite de donn\u00e9es permet de plonger dans les entrailles d\u2019une banque. Un logiciel sp\u00e9cifique a d\u00fb \u00eatre cr\u00e9\u00e9 afin de pouvoir extraire des documents les informations sur les flux financiers, puis de suivre la trace de l\u2019argent. C\u2019est ainsi que nous avons retrac\u00e9, transaction apr\u00e8s transaction, million apr\u00e8s million, les b\u00e9n\u00e9ficiaires r\u00e9els des pots-de-vin et des d\u00e9tournements de fonds, dissimul\u00e9s derri\u00e8re des libell\u00e9s trompeurs ou anodins. La banque ainsi pass\u00e9e au crible n\u2019est pas n\u2019importe laquelle. La BGFIBank est une banque gabonaise n\u00e9e de la \u00ab\u00a0Fran\u00e7afrique\u00a0\u00bb, devenue un poids lourd implant\u00e9 dans onze pays. Tr\u00e8s li\u00e9e aux autocrates Ali Bongo (Gabon) et Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville), elle est d\u00e9j\u00e0 impliqu\u00e9e dans plusieurs scandales de corruption et de d\u00e9tournements de fonds publics, dont l\u2019affaire des \u00ab\u00a0biens mal acquis\u00a0\u00bb (lire\u00a0notre article ici). Au Congo-Kinshasa, la symbiose entre la BGFI et le r\u00e9gime Kabila \u00e9tait totale. Cette proximit\u00e9 explique pourquoi un r\u00e9gime a pu d\u00e9tourner autant, et pendant aussi longtemps. Mais les enseignements de \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb vont au-del\u00e0 de la famille Kabila. Kleptocratie, mode d\u2019emploi Que des chefs d\u2019\u00c9tat \u00e0 travers le monde usent de leur position pour s\u2019enrichir n\u2019est pas vraiment une surprise. Comment ils proc\u00e8dent concr\u00e8tement, en revanche, est moins connu. Les documents \u00ab\u00a0Congo hold-up\u00a0\u00bb permettent de d\u00e9voiler pour la premi\u00e8re fois, avec un degr\u00e9 de pr\u00e9cision in\u00e9dit permis par la masse et la fiabilit\u00e9 des documents analys\u00e9s, les rouages d\u2019un tel syst\u00e8me. \u00ab\u00a0L\u2019enqu\u00eate expose dans le d\u00e9tail les ruses utilis\u00e9es par une banque et ses clients pour tenter de dissimuler une corruption syst\u00e9mique, explique Henri Thulliez, directeur de la PPLAAF.\u00a0Ces transactions bancaires, mails, dossiers d\u2019entreprises constituent le v\u00e9ritable mode d\u2019emploi d\u2019une kleptocratie.\u00a0\u00bb On pouvait l\u2019imaginer\u00a0: il ne suffit pas de se faire un ch\u00e8que en blanc. La le\u00e7on principale de ces millions de documents est qu\u2019il existe deux outils imparables pour permettre \u00e0 une kleptocratie de prosp\u00e9rer au XXIe\u00a0si\u00e8cle\u00a0: une banque et une soci\u00e9t\u00e9-\u00e9cran. Contr\u00f4ler la premi\u00e8re permet de diriger l\u2019argent \u00e0 sa guise, en brouillant les pistes gr\u00e2ce \u00e0 des libell\u00e9s de transaction vagues ou erron\u00e9s\u00a0; poss\u00e9der la seconde permet d\u2019avoir un coffre discret o\u00f9 stocker tous les fonds ainsi d\u00e9tourn\u00e9s. Pour le reste, tout est question de cr\u00e9ativit\u00e9, tant dans les circuits imagin\u00e9s pour faire transiter l\u2019argent que dans le choix des endroits o\u00f9 aller le chercher. Banque centrale, soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re d\u2019\u00c9tat, commission charg\u00e9e d\u2019organiser les \u00e9lections et m\u00eame Nations unies\u00a0: l\u2019ancien pr\u00e9sident congolais et son entourage n\u2019en ont pas manqu\u00e9. Une histoire alternative du Congo moderne Mises bout \u00e0 bout, ces r\u00e9v\u00e9lations \u00e9crivent une v\u00e9ritable histoire alternative du Congo d\u2019aujourd\u2019hui. On conna\u00eet souvent de ce pays \u2013 saign\u00e9 \u00e0 vif par la colonisation belge \u2013 sa vie politique mouvement\u00e9e, ses guerres quasi<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1461,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1460","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-economie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1460"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1460\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}