{"id":21475,"date":"2026-01-15T07:25:44","date_gmt":"2026-01-15T07:25:44","guid":{"rendered":"https:\/\/lareferenceplus.cd\/?p=21475"},"modified":"2026-01-15T07:25:48","modified_gmt":"2026-01-15T07:25:48","slug":"can-quand-les-ombres-de-lhistoire-pesent-sur-les-leopards-une-chronique-du-prof-voto","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lareferenceplus.cd\/?p=21475","title":{"rendered":"CAN : quand les ombres de l&rsquo;histoire p\u00e8sent sur les L\u00e9opards [Une chronique du Prof. Voto]"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La participation des L\u00e9opards de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) \u00e0 la Coupe d\u2019Afrique des nations n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un simple rendez-vous sportif. \u00c0 chaque \u00e9dition, le football congolais charrie avec lui une m\u00e9moire lourde, parfois glorieuse, souvent douloureuse. Mais cette CAN-ci aura \u00e9t\u00e9 singuli\u00e8re : trois figures majeures de l\u2019histoire politique congolaise \u2014 Patrice Lumumba, Mo\u00efse Tshombe et Mobutu Sese Seko \u2014 ont sembl\u00e9, symboliquement, hanter le parcours des L\u00e9opards.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lumumba, le supporter devenu symbole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les tribunes, un visage s\u2019est impos\u00e9 comme une image virale et obsessionnelle : le supporter Lumumba. Drap\u00e9 aux couleurs nationales, port\u00e9 par les cam\u00e9ras et les r\u00e9seaux sociaux, il est devenu malgr\u00e9 lui la star populaire de cette CAN.<br>Mais au Congo, Lumumba n\u2019est jamais un nom neutre. Il convoque imm\u00e9diatement la m\u00e9moire du h\u00e9ros national, figure tut\u00e9laire de l\u2019ind\u00e9pendance, martyr politique dont la mort reste une plaie ouverte dans la conscience collective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce surgissement du nom de Lumumba dans l\u2019ar\u00e8ne sportive a raviv\u00e9 un pass\u00e9 plus complexe encore. Car dans la m\u00e9moire congolaise, l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est pas seulement un adversaire de taille. Elle est aussi li\u00e9e, historiquement, \u00e0 l\u2019exil et \u00e0 la fin tragique de Mo\u00efse Tshombe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Tshombe et l\u2019ombre alg\u00e9rienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mo\u00efse Tshombe, figure controvers\u00e9e mais centrale de l\u2019histoire post-ind\u00e9pendance, meurt en 1969 alors qu\u2019il est d\u00e9tenu en Alg\u00e9rie, apr\u00e8s le d\u00e9tournement de son avion, \u00e0 cause de son implication dans l\u2019assassinat de Lumumba.<br>Dans l\u2019imaginaire collectif congolais, cette page demeure obscure, charg\u00e9e de soup\u00e7ons et de non-dits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s lors, affronter l\u2019Alg\u00e9rie dans ce contexte symbolique revenait \u00e0 rejouer, inconsciemment, un vieux contentieux historique. Le football, terrain d\u2019\u00e9motions brutes, n\u2019\u00e9chappe jamais totalement \u00e0 la m\u00e9moire politique des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment battre sportivement un adversaire lorsque l\u2019Histoire, elle, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 sold\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Maroc, terre d\u2019exil et de paradoxes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre paradoxe troublant : la CAN se d\u00e9roule au Maroc, pays qui abrite la d\u00e9pouille de Mobutu Sese Seko, l\u2019homme fort du Za\u00efre, chass\u00e9 du pouvoir, mort en exil.<br>Et pourtant, c\u2019est sous Mobutu que le football congolais a connu ses plus grandes cons\u00e9crations continentales, avec deux Coupes d\u2019Afrique remport\u00e9es par la s\u00e9lection nationale et une participation \u00e0 la Coupe du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le Congo joue au Maroc, sur la terre qui garde le corps du pr\u00e9sident d\u00e9chu, celui-l\u00e0 m\u00eame qui avait fait du football un instrument de fiert\u00e9 nationale et de rayonnement continental. Le lieu, \u00e0 lui seul, suffisait \u00e0 convoquer les fant\u00f4mes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les anciens L\u00e9opards et la gloire sans r\u00e9paration<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ces ombres politiques s\u2019ajoute une autre pr\u00e9sence, plus silencieuse encore : celle des anciens L\u00e9opards de 1974. Premiers repr\u00e9sentants de l\u2019Afrique noire \u00e0 une Coupe du monde, ils port\u00e8rent le Congo sur la sc\u00e8ne plan\u00e9taire, au prix d\u2019efforts immenses.<br>Cette g\u00e9n\u00e9ration historique, entr\u00e9e dans la l\u00e9gende sans jamais entrer dans la justice, attend toujours le paiement des primes de la FIFA d\u00e9tourn\u00e9es. Beaucoup sont morts dans l\u2019oubli et l\u2019abandon, d\u2019autres vieillissent dans la pr\u00e9carit\u00e9, mais leur revendication, elle, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e. \u00c0 chaque grande comp\u00e9tition, leur m\u00e9moire remonte \u00e0 la surface, comme une dette impay\u00e9e de la Nation et du football mondial. Eux aussi hantent les L\u00e9opards d\u2019aujourd\u2019hui : car comment courir librement vers la victoire quand ceux qui ont ouvert la voie reposent sans r\u00e9paration, avec pour seule r\u00e9compense une gloire inachev\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Lecture m\u00e9taphysique d\u2019un match impossible<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan m\u00e9taphysique, difficile de ne pas voir dans cette confrontation Congo-Alg\u00e9rie une sorte de tribunal invisible de l\u2019Histoire.<br>Les vieux L\u00e9opards, Lumumba, Tshombe, Mobutu : des trajectoires antagonistes, des destins bris\u00e9s ou controvers\u00e9s \u2014 et pourtant indissociables de l\u2019identit\u00e9 nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette CAN, les L\u00e9opards n\u2019ont pas seulement affront\u00e9 une \u00e9quipe adverse. Ils ont jou\u00e9 sous le poids des m\u00e9moires non r\u00e9concili\u00e9es, des morts sans justice compl\u00e8te, des exils sans retour. Le football, miroir grossissant de la soci\u00e9t\u00e9, a absorb\u00e9 cette charge symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre fallait-il d\u2019abord gagner la paix avec notre propre histoire avant d\u2019esp\u00e9rer gagner ce match. Car parfois, sur un terrain de football, ce ne sont pas les jambes qui flanchent, mais ce sont les fant\u00f4mes qui s\u2019invitent.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La participation des L\u00e9opards de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) \u00e0 la Coupe d\u2019Afrique des nations n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un simple rendez-vous sportif. \u00c0 chaque \u00e9dition, le football congolais charrie avec lui une m\u00e9moire lourde, parfois glorieuse, souvent douloureuse. Mais cette CAN-ci aura \u00e9t\u00e9 singuli\u00e8re : trois figures majeures de l\u2019histoire politique congolaise \u2014 Patrice Lumumba, Mo\u00efse Tshombe et Mobutu Sese Seko \u2014 ont sembl\u00e9, symboliquement, hanter le parcours des L\u00e9opards. Lumumba, le supporter devenu symbole Dans les tribunes, un visage s\u2019est impos\u00e9 comme une image virale et obsessionnelle : le supporter Lumumba. Drap\u00e9 aux couleurs nationales, port\u00e9 par les cam\u00e9ras et les r\u00e9seaux sociaux, il est devenu malgr\u00e9 lui la star populaire de cette CAN.Mais au Congo, Lumumba n\u2019est jamais un nom neutre. Il convoque imm\u00e9diatement la m\u00e9moire du h\u00e9ros national, figure tut\u00e9laire de l\u2019ind\u00e9pendance, martyr politique dont la mort reste une plaie ouverte dans la conscience collective. Ce surgissement du nom de Lumumba dans l\u2019ar\u00e8ne sportive a raviv\u00e9 un pass\u00e9 plus complexe encore. Car dans la m\u00e9moire congolaise, l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019est pas seulement un adversaire de taille. Elle est aussi li\u00e9e, historiquement, \u00e0 l\u2019exil et \u00e0 la fin tragique de Mo\u00efse Tshombe. Tshombe et l\u2019ombre alg\u00e9rienne Mo\u00efse Tshombe, figure controvers\u00e9e mais centrale de l\u2019histoire post-ind\u00e9pendance, meurt en 1969 alors qu\u2019il est d\u00e9tenu en Alg\u00e9rie, apr\u00e8s le d\u00e9tournement de son avion, \u00e0 cause de son implication dans l\u2019assassinat de Lumumba.Dans l\u2019imaginaire collectif congolais, cette page demeure obscure, charg\u00e9e de soup\u00e7ons et de non-dits. D\u00e8s lors, affronter l\u2019Alg\u00e9rie dans ce contexte symbolique revenait \u00e0 rejouer, inconsciemment, un vieux contentieux historique. Le football, terrain d\u2019\u00e9motions brutes, n\u2019\u00e9chappe jamais totalement \u00e0 la m\u00e9moire politique des peuples. Comment battre sportivement un adversaire lorsque l\u2019Histoire, elle, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 sold\u00e9e ? Maroc, terre d\u2019exil et de paradoxes Autre paradoxe troublant : la CAN se d\u00e9roule au Maroc, pays qui abrite la d\u00e9pouille de Mobutu Sese Seko, l\u2019homme fort du Za\u00efre, chass\u00e9 du pouvoir, mort en exil.Et pourtant, c\u2019est sous Mobutu que le football congolais a connu ses plus grandes cons\u00e9crations continentales, avec deux Coupes d\u2019Afrique remport\u00e9es par la s\u00e9lection nationale et une participation \u00e0 la Coupe du monde. Ainsi, le Congo joue au Maroc, sur la terre qui garde le corps du pr\u00e9sident d\u00e9chu, celui-l\u00e0 m\u00eame qui avait fait du football un instrument de fiert\u00e9 nationale et de rayonnement continental. Le lieu, \u00e0 lui seul, suffisait \u00e0 convoquer les fant\u00f4mes. Les anciens L\u00e9opards et la gloire sans r\u00e9paration \u00c0 ces ombres politiques s\u2019ajoute une autre pr\u00e9sence, plus silencieuse encore : celle des anciens L\u00e9opards de 1974. Premiers repr\u00e9sentants de l\u2019Afrique noire \u00e0 une Coupe du monde, ils port\u00e8rent le Congo sur la sc\u00e8ne plan\u00e9taire, au prix d\u2019efforts immenses.Cette g\u00e9n\u00e9ration historique, entr\u00e9e dans la l\u00e9gende sans jamais entrer dans la justice, attend toujours le paiement des primes de la FIFA d\u00e9tourn\u00e9es. Beaucoup sont morts dans l\u2019oubli et l\u2019abandon, d\u2019autres vieillissent dans la pr\u00e9carit\u00e9, mais leur revendication, elle, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e. \u00c0 chaque grande comp\u00e9tition, leur m\u00e9moire remonte \u00e0 la surface, comme une dette impay\u00e9e de la Nation et du football mondial. Eux aussi hantent les L\u00e9opards d\u2019aujourd\u2019hui : car comment courir librement vers la victoire quand ceux qui ont ouvert la voie reposent sans r\u00e9paration, avec pour seule r\u00e9compense une gloire inachev\u00e9e ? Lecture m\u00e9taphysique d\u2019un match impossible Sur le plan m\u00e9taphysique, difficile de ne pas voir dans cette confrontation Congo-Alg\u00e9rie une sorte de tribunal invisible de l\u2019Histoire.Les vieux L\u00e9opards, Lumumba, Tshombe, Mobutu : des trajectoires antagonistes, des destins bris\u00e9s ou controvers\u00e9s \u2014 et pourtant indissociables de l\u2019identit\u00e9 nationale. Dans cette CAN, les L\u00e9opards n\u2019ont pas seulement affront\u00e9 une \u00e9quipe adverse. Ils ont jou\u00e9 sous le poids des m\u00e9moires non r\u00e9concili\u00e9es, des morts sans justice compl\u00e8te, des exils sans retour. Le football, miroir grossissant de la soci\u00e9t\u00e9, a absorb\u00e9 cette charge symbolique. Peut-\u00eatre fallait-il d\u2019abord gagner la paix avec notre propre histoire avant d\u2019esp\u00e9rer gagner ce match. 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