LE PEUPLE AVANT TOUT ! : Deux pôles de pouvoir, une seule République, une même exigence de paix [Tribune]

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« Aucune ambition politique ne vaut une vie congolaise. Aucune rivalité de pouvoir ne justifie que tout un peuple soit condamné à revivre indéfiniment les tragédies de son histoire. »

De l’héritage des rébellions aux responsabilités du présent

Il est des questions que l’histoire pose avec insistance aux nations qui peinent à se libérer du cycle de leurs propres tragédies. Pour la République démocratique du Congo, l’une d’elles demeure incontournable : pourquoi les accords de paix se succèdent-ils sans parvenir à garantir une paix durable à des populations qui en paient, génération après génération, le prix le plus élevé ?

De la rébellion de 1996 à la guerre de 1998, du dialogue intercongolais de Sun City en 2002 aux résurgences successives du M23, notre pays semble prisonnier d’une mécanique politique et militaire dont les conséquences sont tragiquement familières : les armes crépitent, les familles fuient, les vies basculent, les communautés se déchirent, puis viennent les négociations, les compromis et les arrangements politiques. Pourtant, dans plusieurs régions, la paix que réclament les Congolais demeure une promesse inachevée.

Des accords ont été signés. Des engagements ont été pris. D’anciens belligérants ont intégré les institutions de la République. Mais une question essentielle demeure : ces arrangements ont-ils suffisamment transformé les conditions qui permettent à la violence de se reproduire ?

Mon propos n’est pas de nier la complexité des conflits congolais ni de prétendre qu’une seule cause expliquerait des décennies d’instabilité. Il est de rappeler une vérité fondamentale : l’intégration politique d’anciens acteurs armés ne garantit pas, à elle seule, une paix durable si les causes profondes de l’insécurité demeurent irrésolues et si le recours aux armes continue d’apparaître comme un moyen de conquérir le pouvoir ou d’imposer des revendications.

Tant que la violence pourra être perçue comme une voie d’accès à la négociation politique, tant que la force armée pourra sembler offrir davantage de poids qu’une démarche démocratique, notre pays restera exposé au risque de voir ses blessures se rouvrir.

Nous devons avoir le courage de tirer les leçons de notre histoire. Un pays ne peut durablement construire son avenir en reproduisant les mécanismes qui ont compromis son présent.

Joseph Kabila et le Front pour la refondation de la nation : l’exigence de clarification

C’est dans ce contexte particulièrement sensible que s’inscrit l’annonce, le 12 octobre 2026, du Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme étant placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila et associé à des composantes de l’AFC/M23, selon les informations rapportées dans les médias.

Les objectifs réels de cette initiative, ses orientations politiques et ses moyens d’action méritent d’être examinés avec sérieux, sur la base d’informations vérifiables. Toute orientation faisant du recours à la force une voie de confrontation avec les institutions établies soulèverait une question majeure : quelle place reste-t-il alors au dialogue politique, à l’ordre constitutionnel et à la protection des populations ?

Je pose cette question sans haine, sans invective et sans complaisance : après avoir dirigé la République démocratique du Congo et exercé les plus hautes responsabilités de l’État, quelle perspective nationale peut justifier une démarche politique susceptible d’aggraver la confrontation armée ?

Cette interrogation ne constitue ni une condamnation personnelle ni un procès d’intention. Elle relève d’une exigence élémentaire de responsabilité publique.

Lorsqu’on a exercé la magistrature suprême, on connaît, ou l’on devrait connaître, le coût humain de l’instabilité, les ravages des conflits et les attentes d’une population qui aspire à vivre dans la sécurité. L’expérience acquise au sommet de l’État devrait constituer un capital politique au service de la réconciliation, de la prévention des conflits et de la recherche de solutions durables.

Elle devrait permettre de désamorcer les crises, de faciliter les rapprochements et de préserver les institutions, plutôt que de nourrir le sentiment que la confrontation armée demeure une option politique ordinaire.

Un changement de nom, une nouvelle organisation ou un discours renouvelé ne suffisent pas à établir qu’une dynamique politique est pacifique. Ce sont les objectifs poursuivis, les méthodes employées, les engagements pris et les conséquences concrètes sur la population qui permettent d’en apprécier la portée.

La République ne peut devenir le terrain d’expérimentation des ambitions individuelles. Les Congolais ont trop souffert pour que la question de la paix soit reléguée au second plan derrière les calculs de pouvoir.

Félix Tshisekedi et le pouvoir en exercice : gouverner, c’est protéger et rendre des comptes

L’exigence de responsabilité ne saurait toutefois s’arrêter aux portes de l’opposition ou aux décisions des anciens dirigeants. Elle s’impose également à ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Le gouvernement du président Félix Tshisekedi porte une responsabilité majeure dans la défense de l’intégrité territoriale, la protection des populations, le renforcement des institutions et la consolidation de la cohésion nationale.

Face aux menaces qui pèsent sur le pays, l’État doit mobiliser tous les moyens légitimes à sa disposition : une diplomatie cohérente, des institutions solides, une action sécuritaire respectueuse du droit et une stratégie de paix qui ne se limite pas à obtenir une accalmie temporaire.

Mais défendre la République ne signifie pas soustraire le pouvoir à la critique. La souveraineté nationale ne peut servir de prétexte pour réduire au silence les citoyens qui interrogent les choix du gouvernement, dénoncent ses insuffisances ou demandent des résultats.

Au contraire, les périodes de crise exigent davantage de transparence, de justice, de responsabilité et de bonne gouvernance. C’est lorsque la nation est menacée que les institutions doivent démontrer, avec le plus de force, leur capacité à protéger les citoyens et à mériter leur confiance.

Je le rappelle avec gravité : la défense du territoire est indispensable, mais elle ne saurait constituer l’unique mesure de la réussite d’un État. La protection des personnes, la justice, la lutte contre l’impunité et la satisfaction des besoins essentiels sont tout aussi fondamentales.

Le peuple congolais ne demande pas seulement que son pays demeure debout sur la carte de l’Afrique. Il veut pouvoir y vivre sans peur, envoyer ses enfants à l’école sans craindre que la guerre interrompe leur avenir, travailler sans être abandonné et accéder à des institutions qui répondent réellement à ses besoins.

La République n’appartient ni à un homme, ni à un clan, ni à un parti, ni à un camp. Elle appartient à l’ensemble du peuple congolais.

Cette vérité oblige autant ceux qui gouvernent que ceux qui contestent le pouvoir. Aucun mandat, aucune fonction et aucune ambition ne peuvent légitimement se placer au-dessus de la sécurité collective et de la dignité humaine.

Ni allégeance aveugle ni complaisance envers la violence

Dans un climat politique marqué par les antagonismes, les citoyens sont trop souvent sommés de choisir un camp, comme si toute conscience critique devait nécessairement se soumettre à une fidélité personnelle.

Je refuse cette logique.

Il est parfaitement légitime de critiquer Félix Tshisekedi sans se ranger derrière Joseph Kabila. Il est tout aussi légitime de défendre la souveraineté nationale sans accorder un blanc-seing au pouvoir en place. On peut dénoncer les insuffisances de la gouvernance sans cautionner une entreprise de confrontation armée. On peut défendre l’ordre constitutionnel tout en exigeant que les institutions remplissent leurs obligations envers la population.

La critique du pouvoir n’est pas une adhésion automatique à ses adversaires. De même, la défense de la République n’est pas une renonciation au droit de critiquer ceux qui la dirigent.

Il faut sortir de cette alternative artificielle qui enferme les Congolais dans deux fidélités supposées incompatibles. La conscience citoyenne ne se réduit pas à l’adhésion à un homme ou au rejet d’un autre.

En tant que présidente de la Diaspora Congolaise Émergente, j’assume cette position. Je sais que le refus des alignements faciles peut déranger. Je sais aussi que certaines questions exposent celles et ceux qui les posent à la critique, à la suspicion ou aux tentatives d’intimidation.

Mais je refuse de confondre le silence avec la sagesse, tout comme je refuse de confondre la virulence avec le courage.

Il est possible de parler avec fermeté sans humilier, de contester sans haïr et de dénoncer sans renoncer au respect dû aux personnes. Le respect des individus n’interdit ni l’examen critique de leurs actes ni l’exigence de rendre des comptes.

Je respecte la dignité de chaque personne, quelles que soient ses opinions ou ses responsabilités. Mais ce respect ne m’oblige pas à taire mes préoccupations, à dissimuler mes convictions ou à renoncer à mon devoir de citoyenne.

La démocratie a besoin de voix libres, capables de résister aux pressions, de refuser les manipulations et de rappeler les principes essentiels lorsque les passions politiques menacent de les ensevelir.

Notre loyauté première doit aller à la République et à son peuple, non aux intérêts particuliers de ceux qui se disputent sa direction.

Ne condamnons pas nos enfants à hériter de nos guerres

Derrière les déclarations politiques, les stratégies militaires et les calculs de pouvoir, il y a des êtres humains. Des femmes contraintes de fuir. Des hommes séparés de leurs familles. Des enfants privés d’école. Des jeunes dont les projets s’effondrent. Des communautés entières condamnées à vivre dans l’incertitude.

Pour ces Congolais, la guerre n’est ni une abstraction géopolitique ni un simple argument dans un débat politique. Elle est une maison abandonnée dans la précipitation, une assiette vide, un enfant qui ne retourne plus en classe, un parent dont on attend désespérément des nouvelles. Elle est l’angoisse de ne pas savoir si l’on pourra rentrer chez soi, retrouver les siens ou reconstruire ce qui a été détruit.

Elle est aussi une fatigue collective, profonde et silencieuse, celle d’une population qui a trop souvent dû réapprendre à survivre là où elle aurait dû pouvoir vivre.

C’est à ces femmes, à ces hommes et à ces enfants que nous devons penser avant de défendre les intérêts d’un parti, d’un dirigeant ou d’un mouvement.

Les Congolais ne peuvent continuer à payer le prix de rivalités politiques qui, périodiquement, prétendent résoudre les problèmes qu’elles contribuent à aggraver. Ils ne devraient pas être contraints de choisir entre la peur des armes et la résignation face aux insuffisances de la gouvernance.

Ils méritent mieux qu’une succession de crises, de négociations et de compromis qui ne s’attaquent pas suffisamment aux causes de l’instabilité.

La paix ne peut être une simple parenthèse entre deux affrontements. Elle doit devenir une orientation politique constante, une exigence morale et une responsabilité partagée.

Cela exige des institutions crédibles, une justice accessible et impartiale, une gouvernance attentive aux besoins de la population, une diplomatie cohérente et une volonté véritable de s’attaquer aux causes de l’insécurité. Cela exige aussi que les acteurs politiques acceptent une limite fondamentale : aucun désaccord ne saurait justifier que la vie des citoyens soit utilisée comme moyen de pression.

Une ambition politique qui fait abstraction du prix humain de ses méthodes doit être soumise à un examen rigoureux. La conquête du pouvoir ne peut constituer une fin qui justifierait tous les moyens.

Nous devons cesser de considérer les souffrances des populations comme des dommages secondaires de nos luttes politiques. La vie congolaise n’est ni une monnaie d’échange, ni un instrument de négociation, ni une variable d’ajustement des stratégies de pouvoir.

Deux pôles de pouvoir, une seule République

La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’une nouvelle bataille de légitimité entre des figures politiques aux visions opposées. Elle a besoin d’un horizon commun, d’institutions respectées parce qu’elles sont responsables et d’une classe politique consciente que l’histoire jugera ses actes à leurs conséquences pour le pays.

Qu’ils se trouvent au pouvoir, dans l’opposition, au sein de la diaspora ou dans la société civile, les Congolais doivent pouvoir défendre librement leurs convictions sans être contraints de se soumettre à des fidélités personnelles.

La pluralité des opinions est une richesse. La critique est une nécessité démocratique. La paix est une exigence nationale. Mais aucune de ces réalités ne doit servir de couverture à une escalade susceptible d’exposer davantage les populations à la souffrance.

À ceux qui gouvernent, je rappelle que l’autorité publique est une responsabilité avant d’être un privilège. Elle oblige à protéger, à écouter, à rendre des comptes et à rechercher des solutions concrètes.

À ceux qui contestent le pouvoir, je rappelle que la critique doit pouvoir déboucher sur une alternative politique crédible, respectueuse des droits, de la vie humaine et des principes constitutionnels.

À ceux qui envisagent, organisent ou soutiennent le recours aux armes comme instrument de conquête politique, j’adresse un rappel sans ambiguïté : aucune ambition, aucune frustration et aucune rivalité ne peuvent justifier que des vies congolaises deviennent le prix d’une confrontation pour le pouvoir.

Et à nous, citoyens, il appartient de préserver notre droit de questionner, de dénoncer, de proposer et d’exiger. Nous ne devons céder ni à la peur, ni aux manipulations, ni à l’idée dangereuse selon laquelle le destin national serait la propriété exclusive de quelques dirigeants.

Je ne prétends pas détenir toutes les réponses aux crises de notre pays. Mais je suis convaincue d’une chose : le Congo ne sortira durablement de ses impasses que lorsque la vie humaine cessera d’être reléguée derrière les calculs politiques.

La paix ne se décrète pas : elle se construit et se prouve

Il ne suffit pas de proclamer son attachement à la paix. Il faut en accepter les exigences.

La paix se prouve par le refus de la violence comme instrument politique. Elle se construit par le respect des engagements, la recherche de solutions négociées, la protection des civils, la lutte contre l’impunité et la volonté de réparer les injustices qui alimentent les conflits.

Elle exige également que les responsables politiques acceptent de rendre compte de leurs décisions et que les institutions soient suffisamment solides pour ne pas dépendre de la volonté d’un seul homme.

Aucun acteur politique ne devrait être dispensé de cette exigence. Ni l’ancien président, au motif de son expérience passée. Ni le président en exercice, au motif de sa légitimité institutionnelle. Ni l’opposition, au motif de son droit à la contestation. Ni les groupes armés, au motif des revendications qu’ils avancent.

Les responsabilités de chacun sont différentes, mais la vie des Congolais demeure la même valeur fondamentale.

L’histoire nous a suffisamment enseigné le prix de nos divisions. Elle nous appelle aujourd’hui à un autre courage : celui de placer l’intérêt général au-dessus des ambitions personnelles, la dignité humaine au-dessus des rivalités et la paix au-dessus des stratégies de confrontation.

Aucun titre ne consolera une mère qui a perdu son enfant dans la guerre. Aucun discours ne rendra spontanément à une famille son foyer détruit. Aucune promesse ne remplacera les années volées à une jeunesse condamnée à grandir dans l’insécurité.

Nous devons donc avoir le courage de rompre avec cette logique de répétition. Nos enfants ne doivent pas hériter de nos guerres comme si celles-ci constituaient une fatalité nationale. Ils doivent hériter d’institutions plus fortes, d’une culture démocratique plus exigeante et d’un pays où les divergences politiques ne condamnent plus les populations à la peur.

Ma position est claire : je choisis le peuple congolais

Je ne choisis pas un homme contre un autre. Je ne choisis pas un camp contre un autre. Je choisis le droit du peuple congolais à vivre, à espérer et à construire son avenir dans la paix, la dignité et la justice.

Je ne demande ni l’unanimité politique ni le silence des opposants. Je demande que la compétition politique demeure compatible avec la préservation de la vie humaine, que l’exercice du pouvoir s’accompagne d’une véritable obligation de résultats et que toute prétention à diriger la nation soit confrontée à une question simple : que propose-t-on concrètement pour protéger les Congolais et mettre fin aux cycles de violence ?

Ce questionnement s’adresse à tous, sans exception et sans privilège.

Car au-delà des hommes qui passent, des pouvoirs qui se succèdent et des mouvements qui apparaissent, il demeure une seule République, une seule nation à préserver et un peuple qui aspire à vivre enfin en paix.

La République démocratique du Congo n’est la propriété ni de ceux qui gouvernent aujourd’hui, ni de ceux qui ont gouverné hier, ni de ceux qui ambitionnent de gouverner demain. Elle est un héritage collectif et une responsabilité envers les générations futures.

C’est pourquoi je le dis avec conviction, sans haine, mais sans ambiguïté :

Le peuple avant les ambitions.

Le peuple avant les calculs.

Le peuple avant les rivalités.

Le peuple avant les intérêts particuliers.

Le peuple avant tout.

Parce qu’aucun pouvoir ne vaut une vie congolaise, parce qu’aucune victoire politique ne justifie le sacrifice d’une génération et parce qu’aucune paix véritable ne peut être construite contre le peuple dont elle devrait protéger l’avenir.

Une seule République. Une seule exigence : la paix. Une seule priorité : le peuple congolais.

Patience Kimina Phongo
Présidente de la Diaspora Congolaise Émergente (DCE)

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