Contre la levée des immunités d’un ancien Premier ministre congolais: les sénateurs ont rendu un mauvais service à Matata Ponyo!

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Les sénateurs avaient attendu le jour de la clôture de la session ordinaire de mars 2021 (mardi 15 juin) pour statuer, tard dans la soirée, sur la réquisition du Procureur général près la Cour Constitutionnelle sollicitant la levée des immunités parlementaires de leur collègue Augustin Matata Ponyo Mapo, en vue des poursuites judiciaires contre lui sur la débâcle du Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

Après le rapport de la commission spéciale du Sénat, les élus des élus étaient passés au vote à bulletins secrets. Et comme résultats, 49 sénateurs avaient voté contre la lavée des immunités de  l’ancien Premier ministre Matata Mponyo, 46 de leurs collègues y étaient favorables et un d’entre eux s’était abstenu sur les 96 présents à cette séance plénière dirigée par Modeste Bahati Lukwebo.

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En conséquence, et selon leur entendement certes, l’Homme de macro-économie est exempt, blanchi de toutes les présomptions qui pèsent sur lui sur l’échec cuisant de ce grand projet pour contribuer à la lutte pour l’autosuffisance alimentaire en République Démocratique du Congo avec toutes les retombées socio-économiques, notamment la résorption du chômage et la création d’autres emplois indirects. Et qu’à ce titre, il ne serait plus jamais inquiété par la justice. Illusion !

Double défi et hypocrisie

Avec ce vote pour protéger leur collègue, la majorité des sénateurs ont fait fi de conseils leur prodigués par le chef de l’Etat lors de sa rencontre avec quelques-uns d’entre eux membres de l’Union Sacrée de la Nation (USN), le 5 juin 2021.

A cette occasion, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo leur avait demandé de ne pas faire obstruction à la justice. Entendez, laisser les personnes poursuivies par celle-ci y être entendues, car bénéficiant encore de présomptions d’innocence jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie à l’issue d’un procès équitable où tous les droits de la défense sont garantis.

Le vote négatif à la levée des immunités parlementaires du sénateur Matata Ponyo Mapon est aussi un défi à la plus Haute Cour de justice congolaise par ceux-là qui passent pour des sages du pays.

Il est donc cl air comme le jour que le Sénat congolaise est rempli d’hypocrites, des gens peu sincères qui ont juste tourné casaque en quittant le Front Commun pour le Congo (FCC) pour basculer dans l’Union Sacrée de la Nation (USN) pour les besoins de la cause. Leur objectif est de protéger leurs propres intérêts et se protéger entre eux contre la nouvelle donne politique qu’est l’application des lois de la République selon le principe « Tous les Congolais sont égaux devant la loi ».

Raison : beaucoup d’entre ces sénateurs savent qu’ils auront, tôt ou tard, maille à partir avec la justice. Ainsi ne sont-ils pas prêts à livrer ce gros poisson du régime précédent pour ne pas ouvrir un boulevard pour les atteindre étant donné qu’ils sont les oiseaux du même plumage. Ils se cachent derrière la soi-disant séparation des pouvoirs. Chacun a affaire à sa propre conscience, cette voix intérieure qui lui dit que l’acte posé a été bon ou mauvais.

A l’initiateur de l’USN d’être très prudent et de ne pas faire une confiance aveugle à tous ceux-là qui ont traversé la route en masse en vue de le joindre pour bâtir un Etat de droit où le peuple est placé au centre.

En votant contre la levée des inimités parlementaires d’Augustin Matata Ponyo, les sénateurs croient dur comme fer qu’ils lui ont rendu un bon service. Au contraire ! Dans la mesure où, aussi longtemps que l’ancien chef du gouvernement ne comparaitra pas devant les hommes et femmes en toges noires pour être disculpé ou inculpé, il n’aura jamais la conscience tranquille, il ne fermera pas l’œil de la nuit. Ce dossier restera pendant et continuera à alimenter les chroniques politique et judiciaire ainsi que l’espace médiatique tant national qu’international.

L’innocence c’est devant la justice

Face à la presse tant nationale qu’internationale, Matata a, à chaque occasion, rejeté sa responsabilité sur l’échec historique de ce méga projet à en accusant les gouvernements qui avaient succédé au sien. Sans les citer nommément, il a chargé ceux de Sammy Badibanga et de Bruno Tshibala.

Il lui revient à lui de l’évoquer clairement devant les juges afin de provoquer un débat contradictoire pour que du choc des idées jaillisse la lumière.

Dans la même optique, l’opinion se souviendra que le sénateur Matata Ponyo avait interrompu sa mission en Guinée Equatoriale, où il offre son expertise en bonne gouvernance, pour regagner d’urgence son pays en vue d’y prouver son innocence des faits graves lui reprochés. Il ne peut le faire que devant la justice et non devant le Sénat ou la presse. Le lui empêcher, c’est lui rendu un mauvais service. Malgré son discours triomphaliste ayant suivi le vote favorable à lui pour remercier ses collègues et protecteurs.

Et cette protection ira jusqu’à quand ? Nous supposons que jusqu’à la fin de la législature en cours, période après laquelle Matata Ponyo perdra ses immunités parlementaires avant d’être rattrapé comme un vulgaire personnage par ceux-là même qu’il est en train d’esquiver. Malignement. C’est un éventuel scénario à éviter.

Un crime économique

En attendant, la Magistrature, toujours peu bavarde, n’a pas encore réagi, à ce défi lui lancé par le Sénat ni dit son dernier mot. Elle exploitera certainement l’arsenal juridique mis à sa disposition par le législateur congolais étant donné qu’il s’agit d’un crime économique préjudiciable à la RDC et à des milliers de Congolais qui peinent à nouer les deux bouts, qui sont privés du minimum vital…

Comme d’aucuns le savent, le Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo a englouti plus de 200 millions USD du Trésor public sans pouvoir atteindre ses objectifs. Selon les projections, à sa phase finale, il allait répondre aux besoins en certaines denrées alimentaires de la population de Kinshasa, d’une partie des provinces rdcongolaises du Kongo Central et du Kwango voire de Brazzaville en République du Congo avec comme effet d’entrainement la rentrée des devises au pays, pour ne citer  que celle-là.

Sa réussite allait être transférée dans d’autres provinces de la RD Congo. La Tshopo par exemple, est déjà prête pour accueillir le modèle de Bukanga Lonzo. Elle dispose d’une grande étendue de terres arabes dans la concession de l’ancien Complexe Sucrier de Lotokila, œuvre de la coopération sino-zaïroise situé à 75km de Kisangani en aval du fleuve Congo, tombé en faillite à cause de la mauvaise gestion des Zaïrois, après s’être fait parler de lui au pays.

Dans l’ancien Grand Katanga, les habitants respiraient déjà au rythme de Bukanga Lonzo en considérant les objectifs lui assignés notamment la culture du maïs qui est la denrée de base des Katangais et dont la carence provoque la tension sociale dans cette partie du pays.

Les Zaïrois et, particulièrement les Kinois, les Bas-Zaïrois et les Bandundois, se souviennent encore des effets bénéfiques du Domaine Agro-industriel Présidentiel de la N’sele (DAIPN), un projet israélo-zaïrois des années 1970 dont les produits avaient gagné les marchés et étaient prisés par les consommateurs.

Est-ce que le gouvernement de la République Démocratique du Congo aura-t-il le courage de débloquer d’autres millions de dollars américains afin que le projet pilote de Bukanga Lonzo soit dupliqué dans d’autres provinces du pays tant que la vérité sur sa débâcle n’est pas encore connue et ses auteurs n’ont pas subi la rigueur de la loi ? Nombreux sont des Congolais qui  répondraient par la négative.

GIRIS

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