RDC: « Tenter d’associer la rébellion à M. Kabila relève de la pure stupidité » (Joseph Kabila)

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Dans une rare interview accordée au New York Times, l’ancien président congolais Joseph Kabila réfute les accusations du pouvoir de Kinshasa, qui le présente comme le « chef » du M23. Depuis Goma, il défend sa présence dans une zone contrôlée par la rébellion et évoque, sans détour, son héritage politique.

Un entretien sous haute sécurité à Goma

C’est dans une résidence discrète, protégée par des hommes armés et dissimulée derrière plusieurs portails, que Joseph Kabila a accordé sa première grande interview depuis huit ans à la journaliste Ruth Maclean. Située à Goma, ville tombée sous le contrôle du M23 en 2025, la rencontre s’est déroulée dans un climat de tension sécuritaire persistante.

« J’espère que vous ne vous attendez pas à ce que je vous donne l’adresse », avait prévenu l’un de ses conseillers avant le rendez-vous.

Condamné à mort par contumace pour trahison, l’ancien chef de l’État est accusé par les autorités congolaises d’entretenir des liens étroits avec le M23, une rébellion soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports internationaux.

Des accusations qu’il rejette catégoriquement : « Tenter d’associer la rébellion à M. Kabila relève de la pure stupidité », a-t-il déclaré, prenant volontairement de la distance en parlant de lui à la troisième personne.

Signalons que le ministre de la Communication, Patrice Muyaya, a affirmé pourtant que Kabila est « à la solde » de Kigali, une thèse que l’intéressé balaie.

Interrogé sur sa présence dans une zone contrôlée par le M23, Joseph Kabila se veut direct : « Je suis chez moi. La vraie question est : pourquoi ne suis-je pas à Kinshasa ? »

Il affirme vivre sous la protection de la rébellion uniquement parce qu’elle contrôle la ville, tout en qualifiant les institutions actuelles d’« illégitimes ».

Retour sur un héritage controversé

Arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila a dirigé la RDC pendant 18 ans. Il met en avant son rôle dans l’adoption de la Constitution et l’organisation des premières élections libres en 2006.

Mais son bilan reste entaché par de nombreuses critiques, notamment sur la prolongation de son mandat et les soupçons de fraude lors de la présidentielle de 2018.

Dans l’interview, il reconnaît implicitement l’existence d’un arrangement politique lors de cette élection :
« Nous avons estimé […] qu’il était important que le président dispose de la majorité », a-t-il expliqué, évoquant un accord de coalition.

Avec le recul, il admet certaines erreurs :
« On peut jouer avec beaucoup de choses, mais la direction d’un pays ne devrait pas en faire partie. »

Une rupture profonde avec Tshisekedi

Les relations entre Joseph Kabila et son successeur, Félix Tshisekedi, se sont fortement dégradées après leur alliance initiale. L’ancien président accuse désormais le régime actuel de dérives autoritaires, tout en rejetant les accusations similaires portées contre son propre pouvoir.

Alors que son retour sur la scène congolaise alimente les spéculations, Joseph Kabila reste évasif sur une éventuelle candidature.

« Non, ce n’est pas un oui », a-t-il répondu, sans fermer totalement la porte.
Avant de conclure sur une note plus large :
« Ce dont le Congo a besoin, ce sont des patriotes, des gens capables de le remettre sur les rails. »

Eldad B.

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