Service public en RDC : le professeur Jacques Djoli soutient la volonté du Chef de l’Etat Félix Tshisekedi de recentrer la réforme sur la vocation fondamentale de la fonction publique

Le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a officiellement ouvert, ce mardi 16 décembre 2025, au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale, à Kinshasa, la première édition des conférences annuelles du service public. Plusieurs personnalités politiques, administratives et scientifiques ont pris part à la cérémonie d’ouverture de ces assises, dont le professeur Jacques Djoli Eseng’ekeli. Dans son discours, le Président de la République a indiqué que les Congolaises et Congolais doivent faire de l’administration un partenaire économique privilégié et non un obstacle. « L’heure de l’impunité administrative doit appartenir au passé. Aucune réforme sérieuse ne peut se limiter aux carrières et aux avantages des agents, aussi légitime soit-elle », a déclaré le Chef de l’État. Plusieurs thèmes ont été développés lors de cette rencontre par les différents panélistes. Parmi les premiers intervenants figure le professeur Jacques Djoli Eseng’ekeli, qui a axé son intervention sur le sous-thème : « Gouverner autrement : la réforme administrative comme levier de transformation ». Dans son exposé, le constitutionnaliste soutient que, pour parvenir à gouverner autrement, il faut susciter l’engagement en faveur d’actions réformatrices courageuses susceptibles de garantir une gouvernance efficace. « Le ministre de la Fonction publique se voit donc investi d’une mission fondatrice et civilisationnelle pour moderniser l’appareil de l’État, l’administration. C’est donc la réforme de l’appareil de l’État, où se trouve l’épicentre, l’outil de la transformation sociétale », a fait savoir le professeur Jacques Djoli. Pour le citoyen, explique le professeur Jacques Djoli, l’État, c’est avant tout cette machinerie, ce service public à travers l’action duquel on peut dire si nous avons un État protecteur ou non.« La réforme de l’État découle de la forme que prend le service public. Nous avons connu des réformes depuis 1960. Mais, à ce jour, quel est l’état des lieux de ces réformes ? », s’est interrogé le constitutionnaliste. Pour répondre à cette question, le panéliste Jacques Djoli a commencé par dresser un tableau chronologique des réformes de l’administration publique depuis la période coloniale jusqu’à nos jours. « En 1960, la RDC a connu sa première réforme postcoloniale. En 1963, les agents étaient régis par un nouveau statut de l’administration publique. En 1965, avec la Constitution de 1964, il y a eu un nouveau décret-loi portant statut du personnel administratif. En 1981, il y a eu une transformation d’appellation : au lieu du ministère de la Fonction publique, il était question de la Commission permanente de l’administration publique. En 1995, il y a eu des réflexions. De 2002 à 2003, il y a eu des réformes », a indiqué Jacques Djoli. Pour le professeur Jacques Djoli, même si l’on parlait de modernisation durant la période des réformes, « la vraie modernisation est une révolution qui doit être menée à l’origine de nos services publics, avec des questionnements sur la manière d’attirer et d’obtenir l’appui des citoyens, qui ne peuvent soutenir des réformes que si celles-ci produisent un service public réel, de qualité, impartial, neutre, apolitique et efficace. Mais lorsque vous avez une administration politisée et pléthorique, où l’essentiel est d’obtenir un matricule… Comparativement à la fonction publique coloniale, qui ne comptait que 20 000 agents, aujourd’hui la fonction publique en compte environ 1 400 000. » Pour autant, loin de baisser les bras, le constitutionnaliste estime qu’un service public plaçant l’intérêt général au centre de toutes les actions est possible, à condition d’engager des réformes rigoureuses et courageuses. « Pour atteindre l’objectif assigné à cette première édition de la conférence annuelle, il y a l’impératif d’une réforme, d’une modernisation et d’une digitalisation, en appliquant des actions axiologiques qui intériorisent la notion de service public comme fondamentale : donner accès à l’eau, à l’électricité, au logement, à l’éducation, à la gratuité de l’enseignement et à la couverture médicale. Il s’agit donc d’un service qui place l’intérêt général avant toute chose, dans l’optique de restaurer l’autorité de l’État, qui passe de la puissance publique au service public organique », a suggéré le panéliste Jacques Djoli Eseng’ekeli. Poursuivant son propos, le professeur Jacques Djoli a souligné que la dynamique des réformes doit conduire à une déstructuration des mentalités actuelles, marquées par une administration publique “poubelle” qui accueille des nouvelles unités (NU), pour aller vers une administration publique restructurée, fondée sur une culture de redevabilité et de transparence. L’objectif est de résoudre le dilemme du changement de paradigme, en passant de cultures prédatrices à une administration au service de la prospérité, qui ne met pas en difficulté les investisseurs. « Il y a des préalables pour y parvenir, dont le plus important est le changement de mentalité, appuyé par une formation en ressources humaines », a-t-il confié. Et d’ajouter : « L’adhésion et l’appui viendront de l’efficacité, de la présence et de l’effectivité des actions de nos politiques publiques et de nos services sur l’ensemble du territoire. » Pour conclure, le professeur Jacques Djoli Eseng’ekeli a invité tous les participants à revenir à la fondamentalité du service public dans l’action publique, évoquant le modèle de l’École nationale d’administration de France, rebaptisée Institut national du service public, afin de mieux répondre aux exigences fondamentales des services publics. Avec Cellcom Ass. Nat.

Dégradation de la situation sécuritaire en RDC: Le VPM Jacquemain Shabani auditionné par la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale

Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemin Shabani Lukoo a été auditionné, le mardi 16 Décembre, par les députés nationaux membres de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale. Conformément à l’article 43 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, la séance s’est déroulée à huis clos dans la salle des Congrès, sous la conduite de la Commission présidée par le député national Mikindo. Au cœur de cette audition à huis clos figuraient les préoccupations liées à la dégradation de la situation sécuritaire sur l’ensemble du territoire national. Les échanges, jugés techniques et complexes par les élus, ont conduit le VPM de l’Intérieur à solliciter un délai afin de revenir devant la commission avec des réponses plus détaillées. Avant cette étape, la Commission Défense et Sécurité avait auditionné, le 13 décembre dernier, le Vice-Premier ministre de la Défense, Guy Kabongo Mwadiamvita. Cette rencontre avait porté sur l’évaluation globale de la situation sécuritaire du pays, avec un accent particulier sur l’Est de la République, notamment après la chute de la ville d’Uvira. Il y a lieu de noter que la Commission Défense et Sécurité a annoncé la poursuite de ces auditions tout au long de la semaine, dans le cadre de son contrôle parlementaire. Eldad B.

Guerre dans l’Est de la RDC : et si les cardinaux, archevêques et évêques de l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique centrale s’impliquaient ?

La guerre que mène l’AFC/M23 contre la RDC, avec le soutien du Rwanda, risque d’embraser la région des Grands Lacs si l’on n’y prend garde. C’est la raison pour laquelle des analystes avisés appellent à l’implication des cardinaux, archevêques et évêques membres de l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC). Lors de leur 15ᵉ Assemblée plénière, tenue à Kinshasa du 10 au 14 décembre sous le thème : « Construction de la paix et accompagnement psychologique des victimes d’abus », ces princes de l’Église ont appelé à l’unanimité, à la fin de la guerre, à la construction d’une paix durable et au vivre-ensemble dans la sous-région des Grands Lacs. Au regard de la dynamique du conflit violent qui s’est installé dans la sous-région, ces cardinaux, archevêques et évêques ont même réitéré leur appel au retour de la paix, tout en condamnant la situation critique dans la province du Sud-Kivu, en particulier dans la cité d’Uvira.« Nous sommes profondément affligés par la résurgence des conflits et de la violence dans notre sous-région, et singulièrement dans les provinces de l’Est de la RDC. Nous pensons aux récents bombardements d’Uvira, dans le Sud-Kivu, et nous les condamnons fermement ; ils accentuent le risque d’un embrasement sous-régional avec leur cohorte de victimes, dont les morts, les réfugiés et les déplacés internes », ont-ils fait noter dans leur déclaration finale. Appel à la cohabitation pacifique des populations Pendant les travaux, l’un d’entre ces princes de l’Église catholique a lancé un appel à la cohabitation pacifique des populations des pays concernés.Il s’agit du cardinal Antoine Kambanda, archevêque de Kigali, au Rwanda, qui a appelé à la cohabitation pacifique entre les peuples de la région des Grands Lacs. Le prélat rwandais a particulièrement insisté sur la nécessité de restaurer la paix sur l’ensemble du territoire de la RDC et de multiplier les initiatives susceptibles de favoriser une paix durable dans la région des Grands Lacs.« Malgré les conflits et les divisions que nous vivons, créons des ponts, car nous ne souhaitons pas vivre divisés. C’est un bon exemple que nous parvenions à nous rencontrer pour échanger nos expériences, discuter et voir comment construire la paix. Créons ce pont qui dépasse ces divisions et ces conflits pour témoigner de l’amour de Dieu dans notre société divisée », a préconisé le cardinal Antoine Kambanda. Il a par ailleurs rappelé que les peuples de la région des Grands Lacs sont des « pèlerins de l’espérance », tout en exprimant sa conviction que la paix se construit progressivement. À l’en croire, le monde, et particulièrement la région des Grands Lacs, a aujourd’hui plus que jamais besoin de paix et de réconciliation. Appel à un dialogue national inclusif en RDC Pour sa part, l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, a réitéré l’appel de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) à la tenue d’un dialogue national inclusif. La démarche d’un dialogue national inclusif vise à traiter les causes profondes de la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la RDC, marquée par l’occupation de villes, territoires et localités du Nord et du Sud-Kivu par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda.« Quelle que soit l’intensité des violences et des conflits, la paix reste possible », a affirmé le cardinal Ambongo, avant d’inviter les populations des zones occupées à ne pas céder à la haine. Il a également déploré l’occupation de la cité d’Uvira, quelques jours seulement après la signature de l’Accord de Washington entre le président Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame, sous la médiation du président américain Donald Trump, tout en soulignant les limites perçues de ces accords et d’autres initiatives qui excluent les Congolais et banalisent les pillages des ressources du Congo. Pour Fridolin Ambongo, ces limites valident l’initiative portée par les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC, notamment l’élaboration d’un pacte social pour la paix et le vivre-ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs.« À l’heure actuelle, ce pacte apparaît comme le chemin incontournable vers une paix authentique et durable dans notre sous-région », a-t-il affirmé. Priorités de l’ACEAC : synodalité, justice et accompagnement des victimes Les cardinaux, archevêques et évêques de l’ACEAC ont clôturé leurs travaux par un appel renouvelé à la paix durable, à la communion entre les Églises et à une pastorale attentive aux personnes vulnérables. En effet, au terme d’échanges intenses sur les défis pastoraux de la sous-région des Grands Lacs, l’ACEAC a réaffirmé son engagement en faveur de la construction de la paix et de l’accompagnement psychologique des victimes d’abus, tout en condamnant les idéologies meurtrières dans la région des Grands Lacs. Plaidoyer pour une mission de bons offices Au regard des déclarations de ces princes de l’Église, se dégage le souci d’une paix durable. C’est ainsi qu’au niveau de l’opinion publique, des voix s’élèvent pour inviter tous les cardinaux, archevêques et évêques de l’ACEAC à mener une mission de plaidoyer auprès des chefs d’État de la RDC, Félix Tshisekedi, du Burundi, Évariste Ndayishimiye, et du Rwanda, Paul Kagame, afin de les engager davantage en faveur du retour d’une paix durable dans la sous-région. « Il est plus que temps pour que ces trois chefs d’État s’impliquent dans une politique de bon voisinage, une politique que nous avons perdue à cause de l’influence étrangère et des querelles internes », a lancé un ancien diplomate congolais sous le couvert de l’anonymat. Visiblement ému, notre interlocuteur ajoute :« À mon avis, cette mission de bons offices devrait d’abord consister à rencontrer individuellement chaque chef d’État, avant d’envisager une rencontre avec les trois chefs d’État réunis, conformément à la politique africaine de l’arbre à palabres. » Quid de l’ACEAC ? L’ACEAC est une structure de l’Église catholique regroupant les représentants des conférences épiscopales de trois pays francophones d’Afrique centrale. Il s’agit de la Conférence des évêques catholiques du Burundi (CECAB) pour le Burundi, de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) pour la République démocratique du Congo et